Feuille n° 6 · Aube
Courir au lever du jour sur les quais de Bordeaux
Tôt le matin, les quais appartiennent à ceux qui courent. La lumière est rasante, l'air encore frais, le fleuve presque immobile. Encore faut-il se rendre visible et réveiller le corps en douceur.
- Départ
- Pied du pont de pierre
- Distance
- Selon la boucle
- Sol
- Dalles et enrobé
- Pour qui
- Lève-tôt, tous niveaux
Les quais quand la ville dort
À l'aube, les quais de Bordeaux changent de visage. Les terrasses sont fermées, les trottinettes rangées, les promeneurs encore chez eux. Il reste quelques coureurs, un livreur, un agent d'entretien qui arrose les dalles, et la Garonne qui file dans un sens ou dans l'autre selon la marée. Sur les quelque 4,5 km de quais réaménagés de la rive gauche, on peut tenir son allure sans slalomer, ce qui devient impossible quelques heures plus tard.
C'est le meilleur moment pour courir la boucle des deux ponts sans se battre pour la place. Le parcours est le même qu'en journée, mais tout semble plus large. Le miroir d'eau de la place de la Bourse est souvent à l'arrêt à cette heure : vous passez devant une dalle de granit nue, ce qui a son charme aussi.
Lumière rasante et heure bleue
Avant que le soleil n'apparaisse, il y a un moment où le ciel prend une teinte bleu profond, ni nuit ni jour : on l'appelle l'heure bleue. Les réverbères sont encore allumés, les façades des quais s'éclairent doucement, et le fleuve renvoie tout cela comme un miroir sombre. Puis la lumière devient rasante, orangée, et allonge votre ombre sur les dalles.
Cette lumière est belle, mais elle trompe. Un automobiliste qui sort d'un parking a le soleil bas dans les yeux ; un cycliste vous voit tard. Et vous-même, face à l'est, êtes parfois ébloui au point de ne plus distinguer une bordure ou une flaque.

Se rendre visible
Avant le lever du jour, vous êtes une ombre parmi les ombres. La règle est simple : portez au moins un vêtement clair, et ajoutez des éléments réfléchissants ou une petite lampe. Une lampe frontale ou un brassard lumineux suffit pour être vu aux traversées, et vous évite de poser le pied dans un trou que vous n'aviez pas deviné. La page sur l'équipement à petit budget détaille ce qui est utile et ce qui ne l'est pas.
Aux passages piétons, ne comptez pas sur la priorité : cherchez le regard du conducteur avant de traverser. Le tram circule tôt, silencieux ; à chaque croisement de voies, levez les yeux. Si vous courez avec de la musique, gardez une oreille libre.
Sol mouillé et premiers pas
Le matin, les dalles des quais sont souvent humides, de rosée ou d'arrosage. Le granit poli devient glissant, surtout dans les virages et sur les plaques métalliques. Raccourcissez la foulée, posez le pied à plat, évitez les changements de direction brusques. Les feuilles mortes et les rails du tram méritent la même méfiance.
Côté corps, la sortie matinale demande un peu de patience. Les muscles sont raides, les articulations aussi, et le cœur n'a pas encore pris son rythme de la journée. Ne partez pas vite. Marchez deux ou trois minutes, trottinez lentement, faites quelques rotations des chevilles et des épaules. Le vrai rythme de la séance n'arrive qu'après un bon quart d'heure.
Manger avant ou partir à jeun
C'est la question de tous les lève-tôt. Il n'y a pas de réponse unique : certains courent très bien l'estomac vide pour une sortie tranquille et courte, d'autres ont la tête qui tourne au bout de dix minutes. Essayez prudemment, sur des séances faciles, et écoutez ce que votre corps vous dit.
Si vous mangez, gardez la chose légère : une tartine, un fruit, un verre d'eau, pris assez tôt pour ne pas courir avec l'estomac plein. Buvez toujours un peu d'eau au réveil, la nuit est longue. Si vous ressentez des malaises répétés à l'effort, parlez-en à un médecin plutôt que de chercher la solution seul.
Une heure sur les quais, case par case
Voici une sortie type d'une heure, au départ du pied du pont de pierre. Les horaires sont indicatifs ; décalez-les selon la saison et l'heure du lever du soleil.
Le pont de pierre au petit matin
Achevé en 1822, le pont de pierre aligne ses 17 arches sur 487 m. Depuis 2018, il est fermé à la circulation motorisée ordinaire : restent le tram, les bus, les taxis et les secours, tandis que piétons et vélos y ont toute leur place. Les piétons n'en utilisent qu'un côté ; restez-y, et laissez la chaussée aux vélos.
À l'aube, la traversée vaut le détour. Les réverbères éclairent encore le tablier, la rive droite sort de l'ombre, et l'on voit la ville entière se découper sur le ciel. C'est souvent là que les coureurs ralentissent sans s'en rendre compte, juste pour regarder.

Sur l'autre rive, les quais de La Bastide offrent un retour plus calme encore, avec la façade des quais rive gauche en face, qui s'éclaire peu à peu. Le retour au point de départ se fait par le même pont ou, si l'envie vous prend, par le pont Chaban-Delmas pour boucler la feuille complète. Après la séance, prenez le temps de marcher, de boire et de manger correctement : les conseils pour bien récupérer valent aussi pour une simple sortie matinale.
Le pont Chaban-Delmas se lève parfois pour laisser passer un grand navire : la traversée est alors coupée environ une heure. Gardez un plan B par le pont de pierre.
Repères d'entraînement généraux, pas une consultation : en cas de douleur, d'essoufflement inhabituel ou de reprise après une longue pause, parlez-en d'abord à votre médecin. En urgence, le 15 ou le 112.