Feuille n° 5 · Voies vertes
Les voies vertes de Gironde : courir loin des voitures
D'anciennes voies ferrées et des chemins de halage ont été rendus aux piétons et aux vélos. Pour le coureur, ce sont de longues lignes sans voitures, à condition de partager la place et de penser au retour.
- Départ
- Rive droite, Bordeaux
- Distance
- Au choix, en aller-retour
- Sol
- Enrobé lisse
- Pour qui
- Tous niveaux
Des rails aux foulées
Plusieurs anciennes voies ferrées de Gironde ont perdu leurs trains et gagné un revêtement lisse. Pour le coureur, c'est un cadeau : pas de voitures, très peu de carrefours, une pente douce héritée du chemin de fer, et des kilomètres qui défilent sans qu'il faille guetter chaque feu. On les appelle des voies vertes : des chemins réservés aux déplacements non motorisés, partagés entre marcheurs, cyclistes, rollers et poussettes.
Ces itinéraires ne remplacent pas la ville. Ils la complètent. Quand la boucle des deux ponts se court les yeux fermés, quand les quais deviennent trop familiers, la voie verte offre une autre respiration : de longues lignes droites, des vignes, des bois, et un calme qu'on n'imagine pas à quelques kilomètres du centre.
La Roger-Lapébie, l'épine dorsale de l'Entre-deux-Mers
La plus connue part de la rive droite de Bordeaux et file sur 54 km jusqu'à Sauveterre-de-Guyenne. Elle suit le tracé d'une ancienne voie ferrée à travers l'Entre-deux-Mers et porte le nom du coureur cycliste bordelais vainqueur du Tour de France 1937. Le décor change vite : après les dernières zones bâties viennent les coteaux, les rangs de vigne, les anciennes gares reconverties, puis Créon, étape commode pour qui veut couper l'itinéraire en morceaux.
Personne ne vous demande d'en voir le bout. La Lapébie se prend par tronçons. Un dimanche, vous partez de la rive droite et faites demi-tour quand l'envie s'en va. Un autre jour, quelqu'un vous dépose plus loin, à Créon par exemple, et vous courez une portion que vous ne connaissez pas encore. Le profil reste régulier, les montées sont longues mais peu raides : c'est le terrain idéal pour apprendre à tenir une allure.

Une sortie type, case par case
Voici la feuille d'une sortie simple sur la Lapébie, au départ de la rive droite. Les kilomètres sont indicatifs : adaptez le point de demi-tour à votre forme du jour, pas à votre orgueil.
Les autres chemins sans voitures
La Lapébie n'est pas seule. Une piste part de l'agglomération vers Lacanau et traverse la forêt de pins sur une longue distance : ombre, odeur de résine, et des lignes droites qui semblent ne jamais finir. Si le sable et les sous-bois vous attirent davantage que l'enrobé, la page consacrée à la forêt et aux dunes vous donnera les consignes propres à ce terrain.
Plus au sud-est, le chemin de halage du canal latéral à la Garonne fait partie de l'itinéraire « Canal des Deux Mers à vélo ». Courir le long de l'eau, au rythme des écluses et des platanes, a quelque chose d'apaisant ; le chemin est plat, ce qui en fait un bon terrain pour une sortie longue tranquille. Sur le littoral, enfin, la Vélodyssée longe l'Atlantique entre pins, dunes et stations balnéaires. Ces deux itinéraires ont été pensés pour les vélos : les portions se choisissent donc en fonction de l'accès, et la voiture reste souvent nécessaire pour rejoindre le point de départ.
Partager le chemin avec les vélos
Une voie verte n'est pas une piste d'athlétisme. Vous y croisez des familles, des cyclistes chargés de sacoches, des enfants à vélo qui zigzaguent, des rollers lancés. La règle de base est simple : on garde la droite, comme sur la route. Quelques réflexes évitent la plupart des frayeurs :
- jetez un œil derrière vous avant tout écart ou demi-tour ;
- à deux, courez l'un derrière l'autre quand un vélo arrive ;
- gardez le volume des écouteurs assez bas pour entendre une sonnette ;
- signalez-vous d'un mot en dépassant un marcheur.
Le demi-tour est le moment le plus risqué : on pivote sans regarder, juste au moment où un cycliste arrive à pleine vitesse. Ralentissez, vérifiez, puis tournez.

L'eau et le retour
Sur une boucle urbaine, on n'est jamais loin d'une fontaine ni d'un arrêt de tram. Sur une voie verte, c'est l'inverse : chaque kilomètre parcouru à l'aller est un kilomètre qu'il faudra courir au retour, sans raccourci. C'est la grande différence avec la ville, et l'erreur classique consiste à partir trop loin parce que les jambes sont fraîches.
Fixez le demi-tour avant de partir, en temps plutôt qu'en distance : une demi-heure d'aller, c'est une demi-heure de retour, souvent plus lente. Si le vent souffle dans votre dos à l'aller, il sera de face au retour ; tenez-en compte. Emportez de l'eau dès que la sortie dépasse une heure ou que le temps est doux : les points d'eau existent parfois près des anciennes gares ou dans les bourgs, mais ne comptez pas sur eux. Par temps chaud, partez tôt et relisez les conseils pour courir quand le thermomètre grimpe.
Prévenez quelqu'un de votre itinéraire et de votre heure de retour : sur ces chemins, on peut croiser peu de monde.
Le bon usage des lignes droites
La voie verte a un défaut : sa régularité peut lasser. Rien ne vous oblige à la subir. Changez de rythme entre deux bornes, alternez quelques minutes plus vives et des minutes de récupération. Les longues portions sans obstacle se prêtent aussi aux sorties où l'on cherche simplement à rester longtemps sur ses jambes.
C'est aussi un excellent terrain pour qui prépare un objectif. Un plan pour préparer un premier 5 ou 10 km comporte toujours une sortie plus longue chaque semaine ; la placer sur la Lapébie ou le long du canal la rend moins monotone qu'un énième tour de parc. Vous y apprendrez à doser votre effort sur la durée, ce qui sert le jour du départ bien plus que n'importe quel chrono.
Pour vérifier
Repères d'entraînement généraux, pas une consultation : en cas de douleur, d'essoufflement inhabituel ou de reprise après une longue pause, parlez-en d'abord à votre médecin. En urgence, le 15 ou le 112.